Invitée de l’émission INAttendu sur franceinfo, Dominique Voynet revient sur le boom des véhicules électriques et alerte : sans cohérence des politiques de transport et sans justice sociale, la transition écologique restera fragile.
Un boom lié au prix, pas à un débat de société
La flambée récente des prix des carburants a accéléré les ventes de voitures électriques, sans qu’un vrai débat s’ouvre sur nos choix de mobilité. Dominique Voynet s’étonne que ce basculement survienne surtout sous la pression du porte-monnaie, alors que les enjeux de l’électrique sont discutés depuis des décennies.
Une politique des transports incohérente
De l’après-guerre aux années 2010, la France a multiplié les expérimentations sans construire de stratégie globale des transports. Pendant que l’on subventionnait le diesel et que l’on négligeait le rail et les transports collectifs, la voiture individuelle restait la norme, quel que soit son moteur.
Aujourd’hui encore, le développement de l’électrique s’accompagne de modèles plus lourds, plus chers, très consommateurs de métaux et d’énergie, dans un système qui reste dépendant d’une vision industrielle et énergétique insuffisamment cohérente.
Retards industriels et dépendances
La France et l’Europe paient aussi leurs renoncements successifs. Après le solaire et l’éolien, les batteries sont largement maîtrisées ailleurs, en particulier en Chine. Dans le même temps, les constructeurs européens ont privilégié des véhicules suréquipés et coûteux, là où d’autres proposent des modèles plus sobres et plus accessibles.
La justice sociale comme condition de réussite
Dominique Voynet insiste sur un point essentiel : si la transition écologique veut réussir sans fractures ni violences sociales, elle doit être juste. On ne peut pas construire une politique climatique crédible si elle oppose les ménages modestes, les artisans ou les habitants des territoires dépendants de la voiture, à celles et ceux qui ont déjà les moyens de changer de véhicule ou de mode de vie.
Tenir un cap dans la durée
L’électrique peut avoir sa place, mais au service d’un projet cohérent : des transports publics renforcés, un rail accessible, des obligations réellement appliquées aux grandes entreprises et une stratégie industrielle pensée dans le temps long. La transition ne peut pas être une suite de signaux contradictoires : elle doit devenir un cap politique durable.