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Programmation pluriannuelle de l’énergie UN SURSIS POUR LES ENR, UNE OBSTINATION DERAISONNABLE DANS LE NUCLEAIRE
Sébastien Lecornu était dans le Jura aujourd’hui pour « dévoiler » ce qu’en jargon parlementaire, on appelle la PPE, soit – en français dans le texte – la programmation pluriannuelle de l’énergie. Accompagné de plusieurs ministres, dont Roland Lescure, en charge de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, il a visité le barrage de Vouglans, l’un des plus grands de France, avant de présenter le contenu du décret qui sera publié demain au Journal officiel. Ce déplacement met (provisoirement) un terme à un feuilleton qui a duré plusieurs années, plaçant les entreprises du secteur des énergies renouvelables - qui ne disposent pas de la puissance d’EDF - dans une incertitude insupportable. Les salariés du secteur, manifestant devant l’Assemblée mardi, évaluaient à 160 000 le nombre d’emplois menacés au fil des stop and go du dossier…
Inutile de détailler les rebondissements de ce dossier, sinon peut-être pour rappeler le désastre qu’a été pendant de longs mois l’examen par le Parlement de la proposition de loi du sénateur Gremillet (LR), qui supprimait tout objectif contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre et tout objectif chiffré de développement des énergies renouvelables, tout en entérinant une fuite en avant frénétique dans le nucléaire. Elle était si incohérente et si incompatible avec nos engagements antérieurs que le Gouvernement a tout simplement renoncé à l’inscrire à l’ordre du jour !
Le dossier a également été marqué par la croisade du RN contre les énergies renouvelables, jugées intermittentes et non stockables (des arguments du siècle dernier, qui ne prennent pas en compte les progrès technologiques engrangés depuis). Craignant une motion de censure, les gouvernements de M. Barnier et F. Bayrou ont donné l’impression de céder aux menaces d’extrême droite et de se rallier à l’idée d’un moratoire sur le solaire photovoltaïque et sur l’éolien, terrestre comme maritime.
La mobilisation a payé : celle des élus locaux impliqués dans la transition énergétique, comme celle des salariés et des entreprises du secteur des énergies renouvelables. Car la PPE retenue par S. Lecornu est celle du scénario R3 produit par RTE. C’est un moindre mal par rapport aux scénarios antérieurs, qui permet le maintien a minima de l’installation de nouvelles capacités de production renouvelable, la sécurisation des investissements déjà engagés pour les prochaines années, et un horizon enfin éclairci pour les entreprises du secteur. Un sursis donc.
La PPE confirme en revanche (hélas) la fuite en avant dans le nucléaire, avec la confirmation ferme de six réacteurs EPR 2, voire de huit supplémentaires. Le nucléaire est une impasse : extrêmement coûteux, excessivement lent, rigide face aux besoins du système électrique, vulnérable au dérèglement climatique, notamment du fait de ses besoins en eau, dépendant d’importations pour son combustible et certaines technologies clés, générateur de déchets radioactifs dont on ne sait que faire. Chaque euro investi dans le nucléaire est un euro qui n’est pas investi dans des solutions rapides, créatrices d’emplois et réellement efficaces pour sortir des énergies fossiles.
Parlons euros en effet, puisque les ministres n’en ont pas dit un mot aujourd’hui. Une programmation énergétique ne vaut rien sans moyens. Alors que le gouvernement – année après année – sabre dans les budgets de la transition (hausse de la fiscalité sur le solaire, coupes dans MaPrimeRénov, disparition du leasing social) ; alors qu’EDF vient de réviser (fortement) à la hausse le coût des six premiers EPR - « un devis vertigineux de 72,8 milliards d’euros », titre le Journal de l’Economie - la PPE n’offre aucun outil efficace pour une sortie rapide des énergies fossiles dont l’importation coûte, elle aussi, près de 60 milliards d’euros par an à notre pays !!!
Il y a pourtant urgence. Car le climat change plus vite que nous ne nous y préparons.
Le grand retour de Duplomb...