Je suis dans mon bureau de l’Assemblée, où j’écoute tout en écraivant le débat bien balisé qui s’est engagé dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale au sujet, ou plutôt au prétexte, des accords de libre-échange UE-Mercosur.Deux textes ont été déposés, l’un par le RN, l’autre par LFI. Il n’y a pas de suspense, aucun des deux ne sera adopté.
A droite, on fait mine de s’insurger : pourquoi une motion de censure puisque le président de la République a fini par voter contre ces accords, au nom de la France ? C’est vrai.
Encore faut-il rappeler que ce réveil de dernière minute intervient après des années d’indifférence d’Emmanuel Macron et des ministres qui se sont succédé envers les alertes paysannes – s’agissant des conditions déloyales de concurrence - et écologistes, certains produits chimiques interdits en Europe au regard de leur impact sur la santé et l’environnement étant encore largement autorisés au Brésil. Benoît Biteau, qui défendait la censure au nom du groupe écologiste et social, l’a très concrètement décrit.
A gauche, on dénonce le double langage du président et son impuissance à convaincre ses partenaires européens. Et on liste – à juste titre - les raisons d’en découdre avec un gouvernement minoritaire, qui parle de « compromis » sans jamais en faire, et que bien des parlementaires jugent illégitime.
J’ai écouté, réfléchi, pris du recul. Pas si simple dans le climat de tension qui règne à l’Assemblée, alors que les tracteurs de la FNSEA tentent à quelques encablures de peser sur le vote. Pas si simple quand les textes qui nous sont soumis tapent à bras raccourcis sur l’Union européenne et exigent – en vrac – le retour immédiat et sans condition de Nicolas Maduro sur le sol vénézuélien, la sortie de l’Otan ou le désengagement de la France en Ukraine… sans rien dire de la nécessaire et urgente évolution des modèles agricoles aujourd’hui dominants.
J’ai pris ma décision en tentant de répondre à la question : et après ?
Censurer – et donc faire tomber - le gouvernement ne fera pas bouger d’un iota le président de la République, claquemuré à l’Elysée ; ne permettra en aucune manière de doter la France d’un budget acceptable et de surmonter la crise politique dans laquelle nous sommes plongés depuis les dernières élections législatives ; ne permettra pas de mieux faire entendre la voix de notre pays au niveau européen et international.
Ne pas ajouter de la crise à la crise… L’ambition paraît limitée ? Disons que la situation est suffisamment sérieuse et même grave pour qu’on puisse un instant s’en contenter…
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